La luzerne est une plante fourragère cultivée partout dans le monde. Fourragère signifie qu'elle sert de fourrage aux animaux, et pas seulement aux lapins comme on le pense souvent : les vaches, les chèvres, les moutons, les chevaux en raffolent. Cultivée depuis 9000 ans, originaire de l'Asie mineure son nom « international » est alfalfa ce qui signifie le premier des fourrages.

Les animaux la consomment soit sous forme de foin, soit sous forme de granulés ; elle représente la partie protéine de leur ration, comme le soja qui est un de ses concurrents. Cultivée en France sur environ 300 000 hectares (6 millions d'hectares pour le blé), elle présente beaucoup d'avantages pour les sols et les ressources naturelles comme l'eau ou la biodiversité. Semée pour 3 à 4 ans de suite, on la coupe 4 fois par an mais elle reste vivante toute l'année (un peu comme une pelouse). Elle pousse toute seule sans qu'on ait besoin de lui donner des engrais azotés et pratiquement sans aucun pesticide. Une partie de la récolte de luzerne est « déshydratée c'est à dire séchée dans des fours pour conserver toutes ses qualités durant plusieurs mois.
Toute première richesse de la nature, nous avons suffisamment d'eau en France pour tous nos usages mais il arrive qu'elle soit de mauvaise qualité, chargée en nitrates et parfois en pesticides. Les collectivités sont alors obligées de la traiter pour la rendre potable ce qui explique en grande partie son prix élevé.

Mais au fait d'où viennent ces nitrates et ces pesticides ?
Essentiellement de l'agriculture. Dans certaines situations les sols n'arrivent pas à retenir et à digérer la partie des engrais et des herbicides qui n'est pas utilisée par les cultures. En régions d'élevage, il y a parfois trop de déjections animales par rapport à la capacité d'absorption des sols. Résultat là aussi, on retrouve des nitrates dans les eaux souterraines et dans les rivières.

Et alors la luzerne dans tout ça, à quoi peut-elle servir ?
La luzerne n'a pas besoin d'engrais car elle puise directement dans l'air l'engrais dont elle a besoin. C'est ce qu'on appelle la « fixation symbiotique de l'azote de l'air ». C'est une capacité extraordinaire qu'ont toutes les plantes appartenant à la famille des légumineuses (à ne pas confondre avec les légumes !).

En plus la luzerne peut jouer un rôle d'épurateur des sols trop chargés en nitrates grâce à ses racines qui vont très profondément nettoyer les sols de l'azote qui s'y trouve en excès.

Côté pesticides, la luzerne est un vrai chameau ! Elle n'a pratiquement besoin d'aucun traitement, ni contre les champignons (fongicides) ni contre les insectes (insecticides), ou très rarement et seulement un herbicide par an pour contrôler les mauvaises herbes qui l'empêchent de pousser.

Pour toutes ces raisons, la culture de la luzerne est une vraie amie de l'eau puisque le résultat est qu'il n'y a ni pesticides ni nitr
Les eaux de Vittel protégées par la luzerne

Au début des années 80 les responsables des eaux de Vittel-Contrex voyaient les teneurs en nitrates progresser régulièrement. Il fallait absolument stopper ce phénomène sous peine de voir les bouteilles des sources Vittel et Contrex disparaître purement et simplement des rayons des magasins. Aidés par une équipe de chercheurs de l'INRA, ils ont proposé aux agriculteurs du bassin de captage (environ 5000 ha) de modifier leurs pratiques et notamment de cultiver de la luzerne à la place de leur maïs ; c'est ce qu'ils ont fait et aujourd'hui les eaux de Vittel contiennent zéro pesticides et moins de 10mg/l de nitrates (la norme est de 50 mg/l). Cet exemple démontre l'intérêt de la luzerne pour protéger l'eau.

Pourquoi ne pas généraliser cette expérience réussie partout où cela est possible en France ?
La biodiversité c'est le patrimoine vivant de l'humanité. C'est en effet grâce à la multitude des espèces vivant sur terre, animaux, végétaux et même bactéries, virus, etc. que la nature fonctionne. On comprend bien la valeur de la biodiversité lorsque celle-ci est affaiblie comme dans les déserts par exemple ou dans des environnements urbains qui ne laissent aucune place à la nature. Toutes les activités en rapport avec la nature ont besoin de biodiversité: agriculture, tourisme, pêche. Il est donc du devoir de chacun de la préserver à l'heure où on s'aperçoit que les activités humaines la détruisent de plus en plus vite. C'est pourquoi elle est devenue une cause nationale.

En agriculture,
la luzerne est un fantastique allié de la biodiversité.

Pourquoi ? Parce que c'est une plante qui reste en place (qui n'est pas arrachée) pendant 3 à 4 ans ; on se contente de la faucher 3 ou 4 fois par an mais elle repart immédiatement et le sol est toujours vert. Résultat, les insectes, les oiseaux, les chauves-souris, les lièvres mais aussi les vers de terre, les carabes et tous les microorganismes du sol y pullulent beaucoup plus que dans n'importe quelle autre culture qui ne reste en place que 6 à 8 mois avant d'être récoltée. En plus, le fait de ne pas épandre de pesticides sur la luzerne protège encore un peu plus toute cette faune.
Des abeilles deux fois plus productives sur luzerne.

Les producteurs de luzerne ont mené une expérimentation grandeur nature en 2009 et 2011 au cours de laquelle il a été démontré que des ruches installées à proximité de luzernières (les champs de luzerne) pesaient deux fois plus lourd à la fin de l'été que des ruches installées dans des champs de céréales voisins. Cela signifie que la récolte de nectar des colonies d'abeilles est grandement favorisée par la luzerne. Quand on sait l'importance des abeilles dans les équilibres écologiques on ne peut que se réjouir de ces résultats. Et il suffit de demander à un apiculteur ce qu'il pense de la luzerne : il devrait vous répondre qu'elle est quasiment indispensable pour les abeilles !
La luzerne en France ce sont 1500 emplois directs et indirects. En effet, la luzerne a besoin d'être déshydratée pour conserver toute ses qualités de fourrage pour les animaux. Un peu comme les légumes qui sont surgelés dès leur récolte et gardent ainsi toute leur saveur et peuvent être conservés longtemps. Cette « déshydratation » de la luzerne est réalisée dans des grands fours.

Il y a 26 usines de cette sorte en France qui occupent un bon millier de personnes. Les 500 autres emplois sont occupés par des chauffeurs de machines de récolte et de transport, des techniciens d'entretien, des conseillers techniques pour la culture et l'alimentation des animaux.

En Champagne-Ardenne qui est la première région productrice de luzerne en France, cette industrie est le troisième employeur privé. Et c'est l'un des tous derniers secteurs à proposer des emplois à la campagne et non pas dans les villes. Si ces usines s'arrêtaient il n'y aurait aucune possibilité de reclassement à proximité.
Comme toutes les industries la déshydratation de luzerne émet des gaz à effet de serre. Pour enlever l'eau contenue dans le fourrage récolté humide il faut le chauffer dans des fours. L'énergie utilisée (charbon, bois, miscanthus, méthane) produit de la vapeur d'eau et donc du CO2.

Mais aujourd'hui les quantités de CO2 émises
ont été diminuées de 60% par rapport aux années 80.

Ceci grâce à de nombreuses améliorations technologiques apportées aux fours. Mais le progrès le plus spectaculaire a consisté à sécher d'abord le fourrage directement sur le champ avant de l'emmener à l'usine. C'est ce qu'on appelle le préfanage à plat. La luzerne est coupée puis étalée sur toute la surface du champ avant d'être chargée dans les camions. Résultat, une économie de 20% d'énergie puisqu'il y a moins d'eau à extraire.

Une autre amélioration majeure apportée depuis quelques années est la substitution de carburants d'origine fossile par des énergies renouvelables. Aujourd'hui la quasi-totalité des 26 usines françaises de déshydratation utilisent des plaquettes forestières (les branches et brindilles qui ne sont pas exploitées pour le bois d'œuvre), du méthane produit par la fermentation naturelle de déchets organiques ou du miscanthus, une plante à grand pouvoir calorifique productive produite de manière très écologique. Ce progrès a été récompensé officiellement puisque la luzerne est en 2011 la seule industrie agricole qui a été autorisée à vendre des quotas de C02 ce qui signifie qu'elle participe à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, un enjeu mondial auquel s'est engagé la France afin de lutter contre le changement climatique.
Un bilan carbone positif

En écologie tout est affaire de bilan. Une étude récente (2011) de l'institut national de la recherche agronomique montre que les quantités de carbone atmosphérique fixées par la luzerne sont supérieures au carbone d'origine fossile émis par la déshydratation. L'industrie de la luzerne est donc une industrie neutre sur le plan environnemental.
La luzerne sert à nourrir les animaux mais surtout ceux qui ruminent comme les vaches, les moutons et les chèvres. Les lapins et les chèvres, qui ne sont pas des ruminants en raffolent aussi. Tous les éleveurs vous le diront, leurs animaux préfèrent de loin la luzerne à tout autre fourrage, même si on ne peut alimenter un troupeau qu'avec de la luzerne.

Une vache par exemple va manger 10 kg de maïs par jour et 4 kg de luzerne, le maïs lui apportant l'énergie dont elle a besoin et la luzerne les protéines. La luzerne peut-être récoltée et consommée de plusieurs manières : en foin (comme de l'herbe qui sèche sur le champ), en ensilage (hachée puis conservée humide dans des silos bien tassés) ou déshydratée. La déshydratation permet de conserver longtemps toutes les qualités nutritionnelles de la luzerne car toute la plante, et notamment les feuilles la partie la plus riche en protéines, est récoltée. Ce qui n'est pas toujours le cas du foin traditionnel, souvent moins riche en protéines pour cette raison ; ou tout simplement de mauvaise qualité si malheureusement il a plu juste après qu'il ait été fauché.

Mais, la luzerne ce n'est pas que des protéines. Elle est en effet aussi riche en minéraux comme le calcium et les oligo-éléments, en différentes vitamines et en béta carotène ou vitamine A. La luzerne c'est aussi des fibres et l'on connaît leur importance dans la qualité de l'alimentation, pour les animaux comme pour les humains. Les fibres produisent une bonne rumination, c'est à dire une bonne circulation des aliments entre les différents estomacs de la vache ou du mouton et donc une bonne digestion.
Des compléments alimentaires pour les populations malnutries.

Et si l'on faisait profiter directement à l'homme de toutes les qualités de la luzerne. C'est ce qu'ont imaginé une poignée de producteurs de luzerne de l'est de la France. Ils ont mis au point un biscuit à base de luzerne très concentré en protéines. Il permet de corriger les carences des enfants ou des adultes malnutris. Ainsi 10 g de biscuit de luzerne par jour couvre une bonne partie des besoins en protéines, vitamine, fer, calcium, etc. Ce complément alimentaire a été homologué officiellement par l'Union européenne.
Bien nourrir les animaux, c'est bien nourrir les hommes. C'est pour cela qu'il faut faire attention à la manière dont s'alimentent les animaux d'élevage dont nous consommons à notre tour la viande ou le lait. À cet égard la luzerne est un excellent aliment. Elle est notamment riche en Oméga 3 et en Oméga 6, des acides gras essentiels à notre bonne santé. On trouve des Oméga 3 ailleurs que dans la luzerne, dans les poissons gras ou l'huile de colza. Mais il faut aussi que nous ne mangions pas trop d'Oméga 6 par rapport aux Oméga 3. Or, depuis quelques années nous consommons beaucoup trop d'Oméga 6 (2,5 fois plus qu'il y a 40 ans) et pas assez d'Oméga 3 (deux fois moins). Trop d'Oméga 6 favorisent l'apparition de maladies cardiovasculaires. La luzerne qui a un rapport idéal de 4 Oméga 6 pour 1 Oméga 3 permet de rétablir un bon équilibre dans notre alimentation.

Ainsi, manger de la viande ou des produits laitiers provenant d'animaux nourris par de la luzerne est l'une des pistes recommandée officiellement par le Programme National Nutrition Santé. Ce « PNNS » regroupe les conseils de nombreux experts de l'alimentation (médecins, nutritionnistes) pour améliorer la santé des Français.
La luzerne adhère à Bleu-Blanc-Cœur

Réintroduire des aliments sains dans l'alimentation des animaux est une démarche soutenue par l'association Bleu-Blanc-Cœur qui milite pour que les vaches et les autres animaux d'élevage comme les poules mangent davantage de végétaux traditionnels riches en Oméga 3 comme de l'herbe tout simplement, des graines de lin ou de lupin, et bien sûr de la luzerne. Cette association a pour maxime : « Pour bien nourrir les hommes, commençons par prendre soin de nos cultures et de nos animaux ».
Plus on cultivera et consommera de la luzerne en France, moins il y aura de forêt amazonienne abattue. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui on importe du soja brésilien et argentin pour nourrir les vaches européennes. Et ceci au détriment d'autres aliments riches en protéines comme les tourteaux de colza ou de tournesol, les pois, la féverole ou bien sûr la luzerne. Or ce soja pousse sur des terres prises un peu plus tous les ans sur la forêt amazonienne. Et la déforestation est une catastrophe pour les équilibres écologiques mondiaux. Elle tue la biodiversité et modifie en profondeur le climat au niveau mondial. Si l'Europe mais aussi la Chine importent tant de soja, et donc participent à la déforestation, c'est en raison de son coût de production peu élevé malgré l'acheminement en bateau et de sa bonne teneur en protéines.

Du point de vue de l'efficacité,
la luzerne est bien meilleure que le soja.

Un hectare de luzerne produit 2,4 tonnes de protéine alors qu'un hectare de soja n'en produit que 900 kg. A l'heure où on va bientôt manquer de terres pour nourrir la population mondiale, il faut s'assurer que chaque hectare est utilisé le plus efficacement possible. C'est exactement le cas de la luzerne surtout qu'elle n'a besoin ni d'eau, ni d'engrais ni de pesticides pour pousser sous nos climats.

Et il y a beaucoup d'autres intérêts à produire sur place ce dont on a besoin plutôt que de l'importer ; d'abord pour l'emploi local, plus de 1 500 emplois pour la filière luzerne mais aussi pour la sécurité alimentaire. Il est en effet très facile donc très rassurant de savoir où et comment ont été produits les fourrages locaux, ce qui n'est pas le cas des fourrages importés souvent en très grandes quantités. En cas d'accident sanitaire on peut ainsi immédiatement comprendre ce qui est arrivé et trouver une solution. C'est ce que l'on appelle la traçabilité.
13,5 millions d'hectares de forêt disparus

Depuis 1998 selon le rapport de la Dutch Soy Coalition de 2006, 13.5 millions d'hectares de forêt amazonienne ont disparu au profit de la culture du soja. De nombreux habitats à haute valeur écologique ont été détruits entraînant une perte irrémédiable de biodiversité.
L'agriculture biologique est un mode de production agricole alternatif dans lequel il est interdit d'utiliser des pesticides et des engrais de synthèse. Elle répond à un nouveau besoin des consommateurs à la recherche de produits respectueux des ressources naturelles en cherchant à imiter le fonctionnement de la nature.

La demande en produits biologiques est de plus en plus importante en France comme presque partout dans le monde. Pour s'affranchir des engrais de synthèse produits à partir de pétrole ou de gaz mais dont les plantes ont besoin pour leur croissance, les agriculteurs bio ont recours à des engrais dits de ferme, c'est à dire des déjections animales le plus souvent mélangées à de la paille, naturellement riches en azote : du fumier, du lisier, des fientes de poules, etc.

Mais, encore faut-il que du fumier soit disponible à proximité car il est très coûteux à transporter. Alors, comment faire pour cultiver en bio dans les régions ou il n'y a pas ou très peu d'élevage comme c'est le cas en Champagne Ardenne par exemple ? Eh bien la solution, c'est la luzerne parce qu'elle fournit naturellement de l'azote à la culture qui la suit sur la même parcelle. Autre avantage de la luzerne, comme elle reste en place plusieurs années, elle « étouffe » les mauvaises herbes et les cultures qui la suivent ont donc moins besoin d'être désherbées. En bref, les agriculteurs qui souhaitent se lancer dans le bio en régions de grandes cultures ont impérativement besoin de la luzerne pour réussir. Pour cette raison la luzerne bio se développe de plus en plus dans ces régions.